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Créatures fantastiques : les Gobelins

Article de Boudgato, màj juillet 2004.

Au fil des aventures de Harry Potter, le lecteur fait connaissance avec de nombreux personnages, créatures fantastiques et êtres magiques. Il en est un, pas bien grand, assez secret, que nous connaissons peu et sur lequel notre attention peut se tourner : LE GOBELIN (tadaaam). Pas aussi fort qu'un troll, moins somptueux qu'une licorne, le gobelin reste tout de même une créature fort inquiétante et mystérieuse, et dont les légendes à son sujet abondent depuis des siècles.

Le gobelin, une réputation bien contradictoire

Dans un dictionnaire usuel, le gobelin est dépeint comme un "démon laid et malicieux" (c'est un peu court, jeune homme, vous auriez pu dire, bien des choses en somme...).

Dans le folklore anglais, le gobelin est un lutin domestique serviable et un tantinet susceptible. D'une taille avoisinant la moitié d'un homme, le gobelin est une créature au corps distordu, au visage grotesque et aux doigts longs et surnuméraires. Il peut avoir les oreilles pointues, ou même amputées. Bref, il ne peut pas tout miser sur son physique...

Chaque pays a son propre gobelin national. On dit qu'il serait d'origine pyrénéenne ou normande et qu'il aurait voyagé ensuite par bateau dans toute l'Europe sous des formes variées :

En France, celui ci change selon les régions et les mythes ; il est pour le Pas-de-Calais un lutin polymorphe, tandis qu'à Valenciennes, c'est un homme enchaîné hurlant dans la nuit. En Angleterre, il est un compagnon gentiment farceur appelé "Robin Goodfellow" ou "Hobgobelin" selon les comptines médiévales. A la fin, du 15ème siècle, Robin Goodfellow surnommé Puck apparaît dans des dizaines de récits, toujours dans le rôle du personnage bon vivant et espiègle. Il tient d'ailleurs dans le "Songe d'une nuit d'été" de Shakespeare, ce même rôle drôle et inquiétant. Chez Dickens, il est décrit comme un bon samaritain, s'éloignant des archétypes traditionnels. En Ecosse, il est paradoxalement considéré comme le gentil Brownie serviable aux hommes, mais aussi comme une entité ténébreuse s'emparant de la dépouille des morts. Son homologue scandinave est connu sous le nom de "Nis", un être particulièrement doué pour manipuler de l'argent.

Car justement, le gobelin est une créature dite bipolaire : en premier lieu, c'est un petit être domestiqué par l'homme ayant le caractère d'un serviteur dévoué à ses maîtres. Comme le Brownie écossais, il s'attache rapidement à une famille qui se doit de bien le nourrir et le traiter. En échange, le gobelin s'applique à maintenir le foyer propre et rangé. Il reste un être farceur et n'hésite pas à jouer des tours "bons enfants" aux hommes.

Mais gare à celui qui ose offenser le gobelin ! Le compagnon débonnaire peut se transformer en véritable esprit malfaisant et dévastateur, jouant de toutes les ruses pour faire du mal a autrui. Bien des comptes médiévaux attestent de sa cruauté, son sourire amer peut faire figer le sang humain et son rire sardonique faire tourner le lait. Dans la majorité des folklores européens, le gobelin a l'étrange particularité de voler l'or et l'argent. Il est d'une nature cupide et accorde une considérable place à la fortune dans son coeur. A la fin du Moyen-âge, au 17ème siècle, une hystérie collective s'abat sur le vieux continent. La chasse aux sorcières éclate, toute idée de magie est prohibée. Le gobelin devient alors synonyme de méfaits, il est dépeint comme une créature des ténèbres opposée aux lutins joueurs et appréciés des humains.

Bon ou mauvais ? Maléfique ou charitable ? Les légendes se contredisent selon les folklores. Le gobelin apparaît donc comme un être à la fois aimé et déprécié. Qu'en est-il de sa réputation dans l'univers de JKR ?hop !

Les gobelins dans Harry Potter

L'argent : comme on a pu le constater dans les légendes médiévales scandinaves et européennes, la principale motivation des gobelins est l'argent. JKR a voulu garder cette caractéristique, et s'en est inspirée pour accorder aux gobelins de son récit un rôle très approprié à leur réputation : le domaine de la banque. Dans le tome 1, Harry fait connaissance avec le monde sorcier, ses coutumes, ses boutiques, mais aussi avec sa Banque, la redoutable Gringotts (on sait par ailleurs que ce nom vient du Gobelin fondateur de la Banque, source : cartes Chocogrenouilles du Jeu vidéo #3). Comme l'école de Poudlard, Gringotts est un des lieux les plus sûrs du monde sorcier :

Les gobelins sont des banquiers impitoyables mais fiables dans leur travail. La devise de l'établissement peut en témoigner.

Chaleureux non ? La banque n'a été cambriolée qu'une seule fois, surprenant toute la communauté du monde magique, cet acte étant strictement impossible et inconcevable. "L'enquête sur le cambriolage qui s'est produit le 31 juillet dans les locaux de la banque Gringotts se poursuit" (La Gazette du sorcier, T1poche, p.143). Le vol est la hantise des gobelins qui ont certains principes. Ils n'hésitent pas à traquer les mauvais payeurs jusque dans les pubs. Ludo Verpey, aussi sympathique qu'il puisse être, s'est attiré les foudres des banquiers en essayant de les duper avec de l'or de farfadet lors de la Coupe du monde de Quidditch du tome 4. Ces derniers ruminent encore leur vengeance un an après les faits, comme le constate Bill, aîné de la fratrie Weasley, conjureur de sorts pour le compte de la banque : "Ces gobelins n'ont jamais récupéré leur or" (T5, p.102).

Les relations gobelins/sorciers : Bill atteste que les relations entre gobelins et sorciers se dégradent au fil du temps et donc des tomes. Pour l'Ordre du Phénix, il essaie de tirer le maximum d'informations utiles sur ses employeurs, tandis que Voldemort fait son retour. "Ils ne laissent rien deviner, dit Bill. Je n'arrive toujours pas à savoir s'ils croient ou non à son retour. Il est possible, bien sûr, qu'ils refusent de prendre parti. Qu'ils préfèrent rester en dehors" (T5, p.102).

Les gobelins préfèrent rester en dehors du conflit, Ragnok (possible porte-parole des gobelins ?) n'est pas ouvert au dialogue. "Il [Ragnok] est très anti-sorcier, ces temps-ci, répondit Bill. Il ne cesse de fulminer à propos de l'histoire Verpey, il pense que le ministère a étouffé l'affaire. Ces gobelins n'ont jamais récupéré leur or, comme tu le sais..." (T5, p.102). On peut remarquer que ce patronyme, Ragnok fait étrangement penser à Ragnarok, nom d'une bataille de la mythologie scandinave où Loki, dieu du Mal, prit la tête des Géants contre les Dieux et aboutit à la destruction du monde. Doit-on donc craindre Ragnok ?

Si vous ne dormiez pas pendant les cours d'Histoire de la Magie du professeur Binns, vous devriez avoir remarqué que les gobelins n'ont pas été toujours aussi proches des sorciers au cours des siècles. On apprend dans le tome 4 que les gobelins se sont révoltés contre les sorciers au 18ème siècle, provoquant des émeutes sanglantes et féroces dirigées par le prénommé Eurk le Crasseux (d'après les Chocogrenouilles du jeu vidéo #3). D'ailleurs ils s'étaient déjà révoltés auparavant, comme en 1612 où l'auberge de Pré-au-Lard était devenue leur quartier général. (Etrange, cette date tombe en pleine chasse aux sorcières...). Quels ont été les motifs de ces révoltes et quels accords ont put être trouvés pour rétablir la paix entre sorciers et gobelins ? Est-ce à la suite de ces incidents que la gérance de la Banque leur a été confiée ?

Les sorciers ne semblent pas faire d'effort dans leur entente avec les gobelins. La fameuse Fontaine de la Fraternité qui orne le hall du Ministère de la Magie peut en témoigner : elfes, centaures et gobelins ne sont pas égaux aux hommes : "Des statues d'or plus grandes que nature occupaient le centre d'un bassin circulaire. La plus haute de toute représentait un sorcier de noble apparence, sa baguette magique pointée vers le ciel. Il était entouré d'une sorcière d'une grande beauté, d'un centaure, d'un gobelin et d'un elfe de maison. Ces trois derniers contemplaient les deux humains avec adoration" (T5, p.147).

Le sage Remus Lupin met le doigt sur ce sujet épineux, les sorciers refusent d'accorder leur liberté aux gobelins, et cela depuis des siècles : "Je crois que ça va dépendre de ce que nous leur proposerons. Et je ne parle pas d'or. Si nous leur offrons la liberté que nous leur avons toujours refusée pendant des siècles, alors ils seront tentés d'être avec nous" (T5, p.102).

On comprend donc que les gobelins aient cette réputation de personnages peu fréquentables dans l'univers de J.K. Rowling. Cette dernière nous montre que les gobelins ne sont pas de mauvaises créatures, mais plutôt un peuple toujours sous l'hégémonie sorcière. Bien qu'ils aiment leur métier et qu'ils restent consciencieux, les gobelins sont instables. Chose compréhensible, puisque la seule chose qu'ils réclament de la part des sorciers leur est refusée. Ils acceptent pour l'instant, cette "infériorité" face aux hommes mais...

Seule Joanne Kathleen Rowling est maîtresse de leur destin. Espérons juste que...hop !

"Dumbledore se leva et commença à faire les cent pas derrière son bureau.
Par moments, il effleurait sa tempe du bout de sa baguette magique, ôtait de sa tête une autre pensée argentée et la déposait dans la Pensine."