Créatures fantastiques : les serpents
Article de Eurk, aidé de Sev, màj décembre 2004.
Dans les joyeuses aventures de notre sorcier favori, un animal étrange et redoutable apparaît au détour du tome 2, il s'agit du Basilic, le roi des Serpents. Votre troll favori s'est donc décidé à se laisser pousser une langue fourchue et des écailles pour aller étudier de plus près les rampants.
La mythologie des serpents
On retrouve, en effet, dans Harry Potter de nombreuses allusions aux serpents, et comme toujours JK Rowling s'appuie sur des croyances et des mythes ancestraux que votre serviteur se propose de vous éclaircir ! Dans Harry Potter les serpents n'ont pas très bonne presse... Pour s'en convaincre il suffit de regarder la réaction des camarades de Harry lorsqu'ils se rendent compte qu'il parle Fourchelang ! Les serpents sont plutôt synonymes de mal dans le monde magique, la maison Serpentard est représentée par un serpent, la Marque des Ténèbres (symbole de Voldemort) est une langue de serpent sortant d'un crâne humain. Pas besoin d'aller chercher très loin d'ou vient cette aversion pour les serpents.
Une force obscure : chez les Egyptiens le Dieu Apophis (représenté par un serpent) incarne le mal face à Rê. Dans la Bible, le Mal tentateur est représenté par un serpent dans le jardin d'Eden, c'est le serpent d'Eve, condamné à ramper et à gober ses proies. Responsable de la chute, il devient l'incarnation de la luxure, du vice et de toutes les dépravations suscitées par le Démon. Il en est de même dans la mythologie nordique où le serpent Nidhogg symbolise les forces du Mal qui attaquent inlassablement l'Arbre de Vie.
Toutes ces légendes s'appuient sur la peur des serpents, peur présente chez tous les peuples. En effet, le serpent à la réputation d'être une créature mystérieuse et vile, qui peut apparaître et disparaître sans faire de bruit par ses mouvements rapides et très silencieux. On retrouve cette peur engendrée par les serpents et tout ce qu'ils inspirent de négatif dans Harry Potter. Ce n'est pas par hasard que la maison des "méchants" se nomme Serpentard par exemple. Il est toutefois intéressant de constater que notre phobie du serpent, que nous croyons naturelle et universelle, ne s'est pas imposée dans notre culture spontanément !
Au début du tome 4 c'est grâce à un serpent que Voldemort réussi à survivre. Une fois encore JKR s'inspire des anciennes croyances sur les serpents car outre leur côté malin ou fourbe, les serpents étaient vénérés par les anciennes civilisations en tant que dépositaires de sagesse ou pour leurs vertus curatives. Pour les Grecs, l'imposition de la langue du serpent sur le front de Cassandre, d'Hélénos ou de Mélanpous était une purification et une fertilisation. Alors que pour nous, la langue de serpent ou la langue de vipère ne représente plus que mensonge et perfidie.
Une force claire : le serpent par sa mue représente la régénérescence (voir la symbolique de Fumseck), il est d’ailleurs associé à la médecine. Le dieu grec de la médecine, Asclepios, avait sur son bâton un serpent enroulé. On retrouve le serpent sur le Caducée, baguette de Hermès. La légende veut que Hermès ait séparé deux serpents en train de se battre avec son bâton, ceux-ci se seraient enroulés autour de celui-ci. La tradition pencherait donc plus vers le serpent positif… D’autant plus que la Bible parle de la "sagesse du serpent", c'est encore avec un serpent d'airain sculpté (c'est-à-dire un serpent rationalisé, maîtrisé) que Moïse sauve le peuple d'Israël décimé par les serpents indomptés. On retrouve aussi chez les Egyptiens (dont la mythologie est tout aussi contradictoire que passionnante) la vénération du serpent et tout particulièrement du cobra dépositaire de la sagesse. Certaines sectes de l’après Jésus Christ (dont l’hérésie reconnue précipita la chute) vénéraient un dieu inconnu et puissant dont le messager était un serpent qui venait enseigner la sagesse aux hommes (complètement hérétique donc ;-)…).
D'ailleurs le nom du serpent de Voldemort Nagini vient du nom de créatures indiennes qui étaient des esprits positifs. Ils étaient représentés par des femmes superbes à tête de serpent et ayant un serpent comme/pour ceinture. Ces personnages (assez peu sexy, je vous l’accorde) protégeaient les Hommes des malheurs !
Pour terminer sur les mythes positifs du serpent, en Crète la déesse protectrice du foyer était représentée par un serpent, les sociétés agricoles vénéraient le serpent annonciateur de fertilité (car les récoltes étaient sauvées par les serpents mangeant les rongeurs).
Pour conclure, reprenons tous en cœur : "les serpents sont nos amis, il faut les aimer aussi…"hop !
Les serpents dans Harry Potter
Serpentard : pour en savoir plus sur le rôle du serpent dans la maison des Serpentard, voir la symbolique des Animaux du blason de Poudlard.
Le Basilic : maintenant que vous en savez plus sur les bébêtes qui sssifflent, étudions de plus près le serpent phare du tome 2, sa majesté le Basilic ! Le mot basilic provient du grec "basilikon" qui veut dire royal. Malgré un descriptif peu engageant que découvre Hermione : "De tous les monstres et créatures qui hantent nos contrées, il n'en est guère de plus étrange ni de plus mortel que le Basilic, connu également sous le nom de Roi des Serpents" (T2 poche, p.305), le Basilic n’est pas le monstre que l’on croit ! Il se cultive très bien en pot et peut relever délicieusement vos sauces et plats (Merci à Jean-Pierre Coffe pour ses conseils).
Dans Les Animaux Fantastiques, JKR prête à un sorcier nommé Herpo le Vil la découverte du Basilic. En voilà un qui porte bien son nom : Herpein racine grecque qui signifie ramper et qui a donné herpétologie, l'étude des serpents ! Quant à vil, c’est très probablement un des adjectifs qui qualifie le plus souvent les serpents.
La légende dit que le Basilic viendrait au monde dans l'œuf d'un coq âgé de 7 à 14 ans. Cet œuf parfaitement rond, déposé dans du fumier et couvé par un crapaud ou une grenouille donne naissance à la "bête". De cette légende découle son apparence puisqu'il est souvent représenté par un coq à queue de dragon ou par un serpent aux ailes de coq. Historiquement c’est notre joyeux ami Pline l’Ancien, naturaliste romain, qui décrit parfaitement le Basilic : "Les Basilics transforment en désert le pays où ils vivent. Le venin de leur regard est si puissant qu'il peut dissoudre les rochers et brûler l'herbe d'un simple coup d’œil. Les oiseaux tombent en plein vol et un homme monté sur un cheval tua un basilic avec une pique, et l'infection, remontant à travers l'arme, tua non seulement le cavalier mais aussi la monture. L'eau où ils étanchent leur soif reste empoisonnée. On dit que la première de ces créatures est née du sang de la Gorgone. Cependant, ils continuent à se reproduire en pondant des oeufs qui sont couvés par des crapauds lorsque brille l'Etoile du Chien. De tous les animaux, seules les belettes ne sont pas affectées par ces monstres, et les attaquent à vue. De plus, on croit que les basilics ont peur du champs du coq". JKR n’a donc rien inventé avec le Basilic, Tom Jedusor fait même tuer par Ginny les coqs de Poudlard pour protéger le serpent.
Il y a fort à parier que c’est le cobra qui a inspiré ce monstre mythologique. En effet, le cobra est un petit serpent qui lorsqu’il attaque déploie autour de sa tête des taches blanches qui pourraient figurer/représenter une couronne. Actuellement, la sympathique bestiole qui porte le nom de Basilic est un petit lézard d’Amérique du Sud assez proche de l’iguane.
Prolongement de Voldemort et de Salazar : le serpent est l'animal de prédilection de Voldemort, à la fois son physique, son incarnation, son identification, sa symbolique…
En libérant le serpent du zoo de Londres dans le tome 1, Harry libère les forces du "mal" et signale le retour de Voldemort. En ouvrant la Chambre des Secrets, Tom Jedusor, fourchelangue par sa mère,
libère le Basilic et le dresse à chasser et tuer les moldus, façon Méduse (L'une des 3 sœurs Gorgones, être mythologiques terrifiantes ayant des serpents pour cheveux et transformant les gens qui
les regardaient en pierre. Seule Méduse est mortelle), en les pétrifiant du regard…
Tout comme le serpent sort de la bouche du crâne sur la marque des Ténèbres, le Basilic sort lui aussi de la bouche de la statue géante de Serpentard (T2poche, p.333), dans la Chambre des Secrets. Le Basilic, prolongement de Salazar resté à Poudlard pour achever sa tâche, comme Nagini est le prolongement symbolique de Voldemort. Enfin, il ne faut pas oublier que le serpent est symboliquement opposé à l'oiseau (le phénix, patronus de Dumbledore) : Voldemort / Dumbledore, le combat des titans.
Après cette petite étude (digne de Madame Gobe-Planche) vous en savez plus sur les serpents, leur mythologie, le Basilic etc. Ce qui, je vous le concède, ne vous empêchait pas de dormir avant. Il faut donc retenir que une fois encore JKR a intégré énormément de mythes différents pour construire les serpents dans Harry Potter, et nous surprendre sans nous étonner !hop !



