La Pensine | l'intrigue : analyse du tome 1
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L'intrigue : analyse du tome 1

Article d'Aurore, septembre 2003.

Il s'agit du premier tome, il met donc l'accent sur la présentation des lieux et des personnages. On apprend l'intrigue globale et on découvre, comme Harry, le monde magique.

De cette façon près du tiers du roman constitue l'incipit. Puis vient l'exposition de Poulard, des divers professeurs et enfin du Quidditch. Les chapitres suivants constituent l'énigme du tome et sa résolution.

 

De juste-Harry à Harry Potter, le garçon qui a survécu : Harry, Hagrid, Ron

Le chapitre 1 : un faux prologue : on remarque qu'à l'exception du premier chapitre tous les autres se passent à travers le point de vue interne de Harry. Notre approche du monde magique est donc subjective, naïve et peut être parfois erronée. Le premier chapitre justement intègre peu à peu des éléments merveilleux à un contexte normal : "un chat qui lisait une carte routière", "L'animal était en train de lire la plaque qui indiquait 'Privet Drive' - mais non voyons, il ne lisait pas, il regardait la plaque" (T1 poche, p7).

On fait aussi la rencontre d'Albus Dumbledore et de Minerva McGonagall. Tout de suite Dumbledore est désigné comme un homme important qui sait plus de choses que la majorité des sorciers : "A l'évidence, elle n'avait pas l'intention de croire ce que "tout le monde" disait tant que Dumbledore ne lui aurait pas confirmé qu'il s'agissait bien de la vérité" (T1 poche, p.17).

L'intrigue général du Cycle se pose : on voit pour la première fois le nom tant redouté de Voldemort et on apprend l'histoire de Harry. Dumbledore dit lui même la question principale nous tenant en haleine tout au long des tomes : "… comment se fait-il que Harry ait- pu survivre ?" "On ne peut faire que des suppositions, répondit Dumbledore. On ne saura peut-être jamais" (T1 poche, p.17).

Juste-Harry : l'honnêteté incarnée : à aucun moment de la vie moldue de Harry, JK Rowling ne nous le dépeint comme véritablement méchant. C'est juste un enfant avec son orgueil et il n'est pas très grave d'avoir des cheveux mal coiffé n'est-ce pas ? Et puis, si les Dursley le craignent c'est bien pour une raison sous jacente : sa fonction merveilleuse (et non conformiste) de sorcier qu'ils ne peuvent pas contrôler.

Harry nous est plutôt montré comme un bouc-emissaire. Il est maltraité, sous-alimenté, enfermé dans un placard. L'auteur nous le peint misérable et on s'y attache donc assez facilement. La vie de Harry Potter nous apparaît comme une succession de malheurs :

Le héros est donc seul et infortuné. On note un changement radical des réflexions de Harry dès qu'il apprend être un sorcier : "Harry pensait que c'était le vent qui avait dû l'emporter jusqu'au toit au moment où il sautait", "Maintenant qu'il y pensait…Toutes ces choses étranges qui rendaient furieux son oncle et sa tante s'étaient toujours produites lorsqu'il était furieux, ou sous le coup d'une émotion…" (T1 poche, p63).

Savoir qu'il est quelqu'un exceptionnel va aider Harry à s'affirmer comme nous le confirmeront les autres tomes. De plus, il est tout de même prompt à trouver des explications assez bancales, ni même à se demander de quelle façon un boa peut lui parler. Il y a donc une certaine prédisposition à croire en le surnaturel, en l'extraordinaire : "… il lui fit un clin d'œil. Harry resta bouche bée. […] il adressa à son tour un clin d'œil au serpent." (T1 poche, p.32). N'importe qui n'aurait pas fait une pareille chose, n'est-ce pas ? ;-)

Harry et Hedwige, par HimeHagrid, premier forgeron de l'esprit magique de Harry : quand Hagrid arrive, Harry place en lui une confiance immédiate et totale. L'homme le libère de l'emprise des Dursley et bien qu'il ait une apparence quelque peu terrifiante, le garçon a foi en lui. Certainement parce que c'est la première personne qu'il rencontre qui lui parle de façon cordiale voire juste normale. Il est aussi celui qui fait pénétrer Harry dans le monde des sorciers, il lui offre Hedwige, lui apprend son histoire, c'est-à-dire l'histoire du monde magique. On entend pour la seconde fois l'histoire de Harry et le nom de Voldemort.

Rubeus Hagrid est sans doute possible le premier ami de Harry et il tient donc une place importante dans le cœur de l'adolescent. Le demi-géant a été une sorte de passeur du monde normal à celui fantastique de la magie. Il peut paraître intéressant de voir que rien que par cet élément Harry ne pourra jamais être ségrégatif envers les autres car Hagrid n'est pas un sorcier parfait. Il a un physique inhabituel et un passé tendancieux sans pour autant être mauvais : "Moi aussi j'ai été élève de Poudlard, mais euh…pour dire la vérité, on m'a renvoyé…"

En parallèle JK Rowling affirme la puissance et la sagesse de Dumbledore : "Mais Dumbledore m'a permis de rester comme garde-chasse. Un grand homme, Dumbledore." (T1 poche, p.65). Ainsi, en donnant à Harry un ami métis et allié fidèle d'Albus Dumbledore, elle en fait directement quelqu'un de tolérant, de gentil, de 'recommandable'.

Ron, deuxième forgeron : Harry touche d'une manière tangible au monde de la magie lorsqu'il va à King's Cross pour prendre le Poulard Express à la voie 9 ¾. Là il fait une rencontre déterminante : celle avec la famille Weasley. Alors que réellement Hagrid avait mené Harry sur le Chemin de Traverse lui apprenant son histoire et une partie de la vérité, Molly Weasley et ses enfants vont, à leur tour, mener Harry au sein de la communauté magique.

Eux sont de véritables sorciers actifs. Il s'agit d'une famille entière, une famille semblable à celle que Harry aurait toujours voulu avoir. Symboliquement donc, quand toute cette joyeuse bandes de rouquins lui font passer la barrière magique, ils se désignent eux aussi passeurs. C'est aussi par la bouche de Ron qu'il apprend vraiment qui est Dumbledore par le biais d'une carte de Chocogrenouille.

Ici, encore en donnant Ron comme ami à Harry, JK Rowling s'assure de la sympathie de son héros pour Dumbledore et sa tolérance : les Weasley sont pauvres. "…quand il a été nommé préfet, mais on avait pas les moyens de…Enfin, je veux dire…"

Au long de l'histoire Harry a une relation privilégiée avec Ron, c'est son premier ami sorcier de son âge et grâce à lui il appréhende moins naïvement le monde magique. Il se trouve aussi en compagnie du rouquin lorsqu'il rencontre Drago Malefoy (qu'il a déjà vu chez le tailleur mais sans que chacun des protagonistes ne se soit identifié). Le lecteur prend tout de suite parti contre Drago car il insulte l'ami de Harry et ce dernier va clairement montrer sa grandeur morale en refusant de serrer la main de Malefoy. Symboliquement et à l'aide des autres tomes, on peut voir là, le premier échec du mal pour pervertir Harry : "Malefoy lui tendit la main, mais Harry refusa de la serrer." Et Harry n'hésite pas à être dur : "Je n'ai besoin de personne pour savoir qui sont les gens douteux" (T1 poche, p112). Drago Malefoy est catalogué directement comme un sorcier peu fréquentable et il demeurera l'ennemi de Harry. Celui qui le jalouse et le rabaisse constamment, la rivalité inter-maison accentuant le phénomène.

Harry se rend compte finalement ce que signifie être le-garçon-qui-a-survécu, thème récurrent aux ouvrages de Rowling. Car Harry n'a pas voulu de sa célébrité ni de l'étrange capacité qu'il a à s'attirer des ennuis.hop !

Méfiez-vous de votre première impression

Hermione, pas gryffondor pour rien : Harry et Ron découvrent que l'habit ne fait pas le moine et apprennent à voir en Hermione plus qu'une élève studieuse. Elle s'avère être quelqu'un de redoutable et d'enrichissant. Car c'est dans la différence qu'est la richesse justement. En la délivrant du Troll, on retrouve le combat symbolique des chevaliers pour sauver la princesse en détresse. Mais les combattants étant certes un peu jeunes pour penser au mariage, l'amitié est la belle résultante de cet épisode. Ce trio est donc maintenant une force superbe. Une de ces amitiés enfantines complète et extrême. "A compter de ce moment, Hermione devint amie avec Ron et Harry. Il se crée des liens particuliers lorsqu'on fait ensemble certaines choses. Abattre un troll de quatre mètre de haut, par exemple." (T1 poche, p.179).

Severus Rogue, l'oxymore perpétuel : l'oxymore est une figure de style qui consiste à placer l'un à côté de l'autre deux mots opposés. Ce procédé permet de créer un paradoxe, une image surprenante. Il s'agit d'ailleurs le plus souvent d'une métaphore. Par conséquent, Joanne K. Rowling préfère bien nous imprégner de son univers pour nous proposer dans ce tome une intrigue relativement dérisoire. Cette idée est renforcée par le biais d'une quasi-certitude du coupable. Le Maître des Potions, Severus Rogue est forcément celui qui désire s'emparer de la Pierre Philosophale pour rester jeune et riche éternellement. Car Rogue a un comportement aigri, partial et un physique ne jouant pas à son avantage (cheveux gras, nez aquilin).

Tout ce que cherchent alors les trois Gryffondor est une preuve contre leur professeur. Harry, Ron et Hermione tentent gauchement de surveiller leur présumé coupable tout en restant assuré par la présence du sorcier le plus puissant, le directeur Albus Dumbledore. Et quand ils découvrent que leur ami Hagrid a vendu la mèche qui était leur dernier secours pour protéger la pierre philosophale, ils se précipitent à la rencontre de Dumbledore. Hélas, tout semble jouer en leur défaveur, le directeur est parti pour Londres. Une solution leur apparaît : ils doivent sauver la pierre.

Cette pensée est très Gryffondor et demande justement un fort courage. D'ailleurs, bien qu'ils soient trois au départ, seul Harry arrive au bout de cette succession d'étapes. Ces dernières peuvent nous apparaître comme des épreuves afin que les adolescent prouvent leur intelligence, leur esprit d'équipe et leur appartenance au monde magique. Mais quoiqu'il en soit, il est important de noter que trois sorciers de onze ans ont réussi à passer par-delà les pièges des professeurs de Poudlard ! Le suspense demeure jusqu'aux derniers instants : "Quelqu'un était déjà là, mais…"

On arrive au dernier chapitre et tout bascule. Le coupable n'est pas celui qu'on croit : "…ce n'était pas Rogue. Ce n'était pas même Voldemort" (T1 poche, p280). Là, s'annonce déjà la portée didactique de l'œuvre. Car alors que tout accusait Severus Rogue, se dernier est innocent et au contraire du bon coté. Il a même tenté de sauver la vie de Harry ! Cette affirmation permet à Harry de franchir un palier vers l'idée que tout n'est pas tel qu'il paraît. On s'éloigne du manichéisme par lequel il voyait le monde. Rogue peut être injuste avec les élèves, il n'est pas forcément coupable de tout.

A l'inverse, Quirell peut paraître faible mais il est le plus dangereux : il a prêté son corps à Voldemort. Par l'absence de Dumbledore et ses interventions passives (cape d'invisibilité, découverte du Miroir du Rised) tout au long de l'ouvrage, Harry en vient à cette conclusion : "C'est un peu comme s'il me reconnaissait le droit d'affronter Voldemort face à face si je le pouvais…" (T1 poche, p.295)

Ceci pose la question du poids qui repose sur les épaules de Harry. Dumbledore ne peut que l'aider à trouver sa voie non la suivre pour lui.hop !

Les choix que nous faisons dirigent notre existence

Si c'est lors de la rencontre dans le train que Harry montre pour la première fois son attachement à la loyauté et à l'amitié, c'est quand il rencontre le Choixpeau magique qu'il se dirige véritablement dans le chemin de la lumière.

Le chapitre 7 justement englobe la cérémonie essentielle pour chaque nouvel arrivant à Poudlard. On remarque le caractère représentatif de celle-ci par l'appréhension ressentie par les élèves : "J'imagine qu'ils vont nous faire passer des tests." (T1 poche, p118). C'est l'histoire banale de tous les bleus, le pseudo-bizutage et l'angoisse de tout nouveau venu. En fin de compte l'épreuve s'avère moindre et le soulagement est palpable : "Alors il suffit de porter le chapeau ? murmura Ron à l'oreille de Harry. Fred m'avait parlé d'un combat avec un troll…" Cette réplique qui paraît anodine annonce d'une façon malicieuse la suite de l'histoire où précisément Ron et Harry vont devoir combattre un troll. Il s'agit d'un clin d'oeil d'auteur qui se retrouve de façon plus ou moins flagrante (et tragique !) dans les tomes suivants.

Mais pourtant lorsque Harry enfile le Choixpeau, même ceci est une épreuve pour quelqu'un de si extraordinaire que lui. En effet, le Choixpeau est plus qu'hésitant et il oscille dangereusement entre deux maisons rivales : la glorieuse Gryffondor et l'obscure Serpentard. Mais Harry a déjà fait son jugement en ce qui concerne les Serpentard dont Drago Malefoy donne un aperçu assez dépréciatif. "Il trouva que les élèves de serpentard n'avaient pas l'air très sympathiques". Alors il exhorte le Choixpeau de ne pas le mettre chez les Serpentard, et ce dernier le voyant sûr de lui le destine à Gryffondor. Ainsi, (par instinct ?) Harry choisit de mener sa scolarité dans une maison illustre et moins entachée que Serpentard. Au Vert et Argent, il préfère le flamboyant Rouge et Or, à l'ambition, il préfère le courage. A la magie noire, il préfère la magie blanche.

Cet épisode reste une période très singulière pour Harry qui connaît ses étranges affinités avec la maison ayant vu passer Lord Voldemort mais préfère les taire...

Dans ce premier opus ressortent donc deux grands enseignements :

La réflexion est préférable et tout jugement envers autrui s'accompagne de réserve. JK Rowling rejette en bloc l'idée de fatalité mais consolide la croyance d'un monde nuancé, loin du manichéisme coutumier des contes.hop !

"Dumbledore se leva et commença à faire les cent pas derrière son bureau.
Par moments, il effleurait sa tempe du bout de sa baguette magique, ôtait de sa tête une autre pensée argentée et la déposait dans la Pensine."