La Pensine | l'intrigue : Harry Potter, conte initiatique, polar fantastique, quête du héros
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L'intrigue : Harry Potter, conte initiatique & quête du héros

Article d'Aurore, màj avril 2005.

"Harry Potter vous ensorcelle dès les premiers paragraphes et vous procure un sentiment continu de jubilation"

Voici le propos d'un des journalistes du célèbre journal français Le Monde. Il résume parfaitement de quelle façon Harry Potter fascine. Une œuvre si étrange qu'elle tient en haleine des millions de personnes, affole les Eglises et prône des valeurs moralistes sous fond d'un monde si différent et pourtant si semblable au nôtre.

Car à tous points de vue le Cycle de JK Rowling interpelle. Certains s'interrogent sur son succès, d'autres sur ses instructions, d'autres sur sa destination enfantine. Puisqu'au delà de la question "Qui est Harry Potter" s'en trouve une autre plus délicate : qu'est-ce que Harry Potter ?

Tout simplement un de ces inclassables romans qui ne se jugent pas mais se vivent tels une double vie.

La saga Harry Potter : un polar fantastique

Portrait de Harry, par Laurence PeguyL'œuvre de Joanne Rowling commence dans un univers ordinaire où des gens normaux vaquent à des activités on en peut plus banales et insignifiantes. Pourtant la vie de ces gens, les Dursley, va être bouleversée par l'arrivée dans leur vie si paisible de Harry Potter. Car l'histoire de Harry Potter débute comme un fait divers : l'assassinat tragique d'une famille, ici James et Lily Potter.

Le Cycle débute donc d'une façon très classique pour un polar bien que certains éléments montrent tout de même l'originalité de l'histoire. Puis Harry découvre la vérité, ses parents ont été assassinés c'est-à-dire qu'il lui revient la tâche de découvrir le meurtrier (ici qui est symboliquement Voldemort mais plus viscéralement Peter Pettigrow) et de se venger.

Or là où Harry Potter prend une dimension épique est dans l'ampleur et les conséquences du devoir imposé à l'adolescent; puisque le meurtrier n'est autre qu'un Mage noir terrifiant et que la justice ou la police demeurent impuissant face à la menace que représente l'homme. L'assassin doit être tué et non mis en prison.

On passe du fait divers à la sécurité mondiale. On passe de l'ordinaire à l'extraordinaire.

Le roman de la quête

Passer donc de phénomènes connus à des phénomènes fabuleux, signifie pour un littéraire passer du réalisme au fantastique. De cette façon chacun de nous peut retrouver dans Harry Potter des éléments de sa vie quotidienne mais alliés à d'autres de nature magique. On retrouve donc l'univers familier d'une école, ou encore un Ministère loin des réalités du peuple, ou bien les difficultés usuelles de certaines personnes (pauvreté, racisme, réussite moindre, …).

Les caractéristiques du roman de quête :

C'est donc avec brio que JK Rowling a gagné le pari de mettre en scène notre monde dans une version autant acidulée que terrible, autant merveilleuse que tangible. Par un exploit de maître, elle a réussi à donner à ses livres 2 dimensions :

Harry Potter, un roman initiatique

Harry Potter peut être considéré comme un conte initiatique offrant ses enseignements autant à de jeunes enfants qu'aux grands sages. Comme dans le livre de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, ou comme sous l'ironie de Voltaire avec le pauvre Candide, nous suivons le périple d'un jeune garçon arraché à sa vie ultérieure pour le meilleur et pour le pire.

Grandir : structure du livre

Ici, le cheminement spirituel s'effectue au cours de sept années dans le collège de magie et de sorcellerie de Poudlard. 7 années pour 7 livres. Un nombre symbolique. Dieu dans la Bible a mis sept jours pour créer le monde. Il y a sept jours dans une semaine. Il y a sept nains pour aider Blanche Neige et tellement d'autres analogies possibles.

Mais dans le langage ésotérique, le sept est la dernière marche de l'évolution humaine se situant dans l'ordre suivant :

De plus en additionnant : 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7, on obtient le nombre 28, c'est-à-dire la concrétisation mathématique d'un cycle. Vingt-huit jours pour un mois lunaire, période légitime de la nature, vingt-huit jours pour une femme, montrant au creux de son corps l'incessant recommencement de la vie et de la mort et de la plausible perpétuation de l'espèce.

Par conséquent Harry Potter est fondé sur un symbolique profond : celui de l'évolution et de la reconstruction. Clairement, il s'agit pour un adolescent de résoudre un conflit universel (le mal et sa conquête du monde) incluant des propores préoccupations (la mort de ses proches).

Apprendre : la vérité et le combat

D'une façon bien plus tangible, Harry suit une scolarité allant pour nous du début du collège à la fin du lycée où il sera alors diplômé. Chacun de nous peut être d'accord sur le fait que la scolarité d'un enfant fait partie intégrante de son expérience et de sa formation. Ainsi, année après année, nous suivons la vie de ce garçon soumis à la loi de l'école, celle des querelles, des amitiés à-la-vie-à-la-mort, celle des professeurs injustes et des déceptions traumatisantes.

Tout ceci donc au cours d'un enseignement autant théorique au sein de l'établissement que pratique avec la confrontation au monde sans pitié des adultes et de la guerre.

De plus l'aspect terriblement initiatique de Harry Potter s'accentue dans la nature même du héros. Harry est jeune, orphelin et totalement étranger au monde dans lequel il rentre tout juste âgé de onze petites années. Cependant, outre cet affrontement avec l'inconnu souvent retrouvable dans nombres de contes pour enfants, Harry est une légende vivante. Il est Celui-Qui-A-Survécu.

Pour résumer d'une manière un peu simpliste, Harry a vécu une enfance malheureuse dans notre univers si banal de voitures et de vie rangée où le seul problème est de demeurer à jamais le plus dans la norme possible. Or Harry est hors norme. Il a les cheveux qui poussent dans tous les sens, il peut s'échapper mystérieusement alors qu'il est menacé, il parle avec des serpents et il est marqué : sur son front s'étale, zigzagante, une cicatrice comme nulle autre, celle que le terrible mage noir Lord Voldemort a apposé sur son front le jour d'Halloween 1981.

Harry et Hewige, par HimeMais Harry ignore tout de son passé, de ses parents et les Dursley, ses derniers proches en vie, lui mènent une vie horrible faite d'insultes, d'infamies répétées et de harcèlement moral. Accablant. Pourtant un jour de juillet, le 31 pour être exact, un drôle de bonhomme immense et à l'aspect singulier vient trouver le jeune garçon et lui dit : "Tu es un sorcier". La vie de Harry sera à jamais bouleversée. Harry pénètre alors dès l'aube dans un univers parallèle dont il a depuis sa naissance ignoré l'existence : le monde magique, celui des baguettes et des balais volants. Pourtant comme chaque chose dans ce monde, rien n'est aussi linéaire qu'il n'y paraît. Et malgré lui à cause d'une chose extraordinaire dont il n'a pas le moindre souvenir, Harry se trouve embarqué dans la lutte contre Voldemort.

Ainsi, l'intérêt de Harry Potter réside dans la résolution d'énigmes enchâssées.

Toute réponse amène une question. La vérité est le maître mot mais ceux qui la détiennent la gardent en sûreté tant que les paliers ne sont pas franchis : "… je ne peux pas te répondre. Aujourd'hui en tout cas… [...]Quand tu seras grand…". Harry part si on veut 'À la recherche de la vérité', à la recherche de ses racines et d'une paix intérieure.

Croire : la résolution du conflit

Premier tome, Harry entre en connaissance d'un nouvel univers dirigé par deux forces contradictoires :

Tout au long du Cycle, Harry se retrouve déchiré entre ses devoirs et ses envies. Le chemin initiatique doit se poursuivre lentement jusqu'à ce que le héros fasse le choix. Celui ancestral et métaphysique entre le bien et le mal :

D'une vision globale, Harry Potter pourrait paraître manichéen : le Bien, le Mal, et celui qui représente l'espoir obligé de choisir; néanmoins, la complexité du monde de Rowling empêche toute explication restrictive.

En effet autour du héros gravite une multitude de personnages complexes, chacun avec sa part lumineuse et sa part sombre. Chacun dévoilant nombres de défauts, de bassesses et de rancœurs… Car tous ne sont pas toujours imperturbables dans leur rôle. Ils peuvent être tachés ou au contraire rehaussés d'un peu d'humanité de temps en temps. Comme pour montrer la dualité inébranlable de l'être humain :

  Croyance collective Défaut dans la croyance
Ronald Weasley Allié fidèle Jaloux
Hermione Granger Alliée intelligente Impulsivité dangereuse
Drago Malefoy Ennemi collégial Libre arbitre personnel
Severus Rogue Injuste - mangemort Rédemption douloureuse
Cornélius Fudge Ministre Obscurantisme
Sirius Black Criminel Innocent (mais violent)

Et au delà, toujours les deux entités antagonistes de Lord Voldemort et Albus Dumbledore. Jusqu'où chacun des protagonistes de l'histoire restera fidèle à ce que l'on croit ? L'histoire se répétera-t-elle, se souillant d'une trahison ? Comment le combat s'achèvera-t-il ? Car l'éternel problème est celui de la foi, c'est-à-dire qui prête allégeance à qui ?

Et aussi celui de l'individualisme à outrance : comme le rappelle le professeur Quirell dans le premier livre, on peut appréhender les choses autrement : "Il n'y a pas de bien ni de mal, il n'y a que le pouvoir"

Moraliser : du choix à la fatalité

Par une conception générale du cycle Harry Potter, il se détache en fait la philosophie humaniste du XVIème siècle poursuivie alors par les Lumières deux siècles plus tard. Il s'agit en fait d'une pensée pour l'évolution. L'homme est perfectible et seul maître par le biais du libre-examen. Cependant, le cinquième tome contre cette idée par l'intervention d'une prophétie mettant en scène l'avenir de Harry et Voldemort. Dans quelle mesure alors les perspectives programmées d'un avenir peuvent servir le fil conducteur de JK Rowling ? Elle, qui, depuis la début, s'est efforcée de montrer l'homme comme corruptible mais uniquement par une question de choix, de mauvais choix. On retrouve l'idée chère à certains dogmes : 25% d'hérédité, 25% de karma et 50 % de libre arbitre.

"Ce sont nos choix, Harry, qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes"

Harry Potter pose donc des interrogations éternelles accessibles à tous par une correspondance de nos mœurs au sein d'une société imaginaire. Où là aussi se posent les questions de choix, de liberté, de devoirs, d'honneur, de ségrégation, d'individualisme et de sens de la vie en général.

Dans quelle mesure alors les films et tout le marketing latent autour de Harry Potter peut pérenniser ces enseignements ? Car là où Rowling critique la presse à scandale, là où elle condamne les lois de censures, son œuvre y est emprisonnée comme nulle autre. Comment certaines Eglises ont-elles crié au Satanisme ? Comment certains chefs politiques ont crié à la diffamation et à la perversion de la jeunesse ? Faut-il croire que si Harry Potter a tant bouleversé c'est parce qu'il montre la vérité ? La vérité. On retombe sur l'éternel problème encore posé dans le cycle. Qui peut nous dire si Mme Rowling ne nous mène pas en bateau, comme dans un de ces films où le héros se réveille à la fin dans un monde inchangé ?

Car jusqu'à l'achèvement de son oeuvre, Joanne Kathleen Rowling continuera la compétition extrême entre elle et ses lecteurs, à savoir la résolution de cette question : que se passera-t-il dans le prochain tome ?hop !

"Dumbledore se leva et commença à faire les cent pas derrière son bureau.
Par moments, il effleurait sa tempe du bout de sa baguette magique, ôtait de sa tête une autre pensée argentée et la déposait dans la Pensine."