Personnages : La place des femmes dans Harry Potter
Article de Mel MS, aidée de Aurore et Sev, màj mars 2006.
Lors d'une première lecture on peut facilement croire que les femmes sont stéréotypées dans Harry Potter. Effectivement la plupart ont un côté caricatural : les filles sérieuses, bizares ou girlie,
les femmes au foyer, les célibataires travailleuses ou les mères sacrificielles. Mais il y a deux exceptions ! Prenons le temps alors de voir la plupart des personnages féminins du livre…
Les adolescentes
Hermione Granger : qualifiée de Miss-Je-Sais-Tout par Rogue, c’est la première de la classe. Elle est intelligente, et veut faire ses preuves. Sa réussite lui coûte de nombreuses heures de travail et dans sa position d'enfant de moldus elle poursuit un combat permanent. Ce personnage est très plausible et Harry a besoin d’elle pour l’aider car elle a souvent réponse à tout : on peut même dire qu'elle réfléchit souvent à sa place. Dans le tome 2 notamment, c’est elle qui trouve que le monstre de la Chambre des Secrets est un Basilic. Ou encore c'est elle avant tous les autres qui découvre que Remus Lupin est un Loup Garou. Lui même dira à son propos : "Je n'ai jamais rencontré une sorcière de votre âge aussi intelligente que vous, Hermione" (T3poche, p367).
Hermione est cette fille que tout le monde a vraisemblablement rencontré une fois dans sa vie. Brillante et loyale. Forte et fragile à la fois. Le genre de fille qu'il faut approcher avant de juger. Harry et Ron ne deviennent amis avec elle qu'après avoir passé par delà les apparences et avoir vécu une expérience forte (le combat du Troll).
Ginny Weasley : elle nous semble un peu nunuche au départ. Harry est jeune quand il la croise et ne la connaît pas encore : c’est peut-être la deuxième fille qu’il rencontre
après être sorti de chez les Dursley. "D'une manière générale, Ginny avait une très nette tendance à faire tomber toute sorte d'objets chaque fois que Harry
entrait dans une pièce où elle se trouvait déjà" (T2poche, p51).
En grandissant, et après avoir subi l'épreuve du Journal de Jedusor dans le tome 2, Ginny se transforme et on découvre son caractère. Elle est gentille, prête à aider, mais ne se laisse pas marcher sur les pieds tout en respectant les autres. Elle mène une véritable vie d'adolescente (ses conquêtes amoureuses alimentent d'ailleurs la colère de son grand frère Ron) et s'investit dans l'Armée de Dumbledore et le combat au ministère. En bref, comme ses grands frères, elle semble avoir un caractère affirmé, réfléchi et ne se laisse pas influencer. Elle est d'un grand soutien pour Harry… qui en tombe amoureux tout en souhaitant l'éloigner de lui à la fin du tome 6 pour la protéger (quel homme prévenant !).
Luna Lovegood : Luna est dès le départ présentée comme un personnage assez spécial. Elle est dans son monde, et sa différence la fait paraître stupide et naïve. On la surnomme d'ailleurs "Loufoca" pour son allure excentrique et ses croyances étranges. Pourtant elle est intelligente et appartient à la maison Serdaigle. D’un côté elle est burlesque, de l’autre intelligente et sensible. Cela équilibre et rend crédible ce personnage auquel on s'attache finalement très vite. "La jeune fille [Luna] dégageait manifestement une aura de folie douce. Peut-être était-ce dû au fait qu'elle avait collé sa baguette magique sur son oreille gauche ou qu'elle portait un collier constitué de bouchons de Bièraubeurre, ou encore qu'elle était en train de lire un magazine en le tenant à l'envers" (T5, p212). C'est aussi une personnalité caricaturale, que JKR a préféré donner à une fille plutôt qu'un garçon.
Les filles "girlie" : Fleur Delacour, Parvati Patil, Lavande Brown, Cho Chang… Ce sont des filles très "filles", très préoccupées par leur apparence physique et que JKR fait glousser plus que de raison.
Les trois dernières tournent souvent autour Harry et représentent son entourage féminin scolaire. Elles jouent parfaitement leur rôle d'adolescentes "cliché", se passionnant pour les astres et pour les potins du collège.
En clair, elles permettent de donner à Poudlard une image assez réaliste de l'ambiance d'une classe avec ses gloussements, ses hormones et ses soupirs enamourés… Et cette caricature dans le ton donné à certaines descriptions permet à
Rowling d'offrir au lecteur de nombreuses scènes comiques. "Il [Harry] n'avait jamais fait attention jusqu'alors mais, à présent, il en voyait partout. Des filles qui gloussaient et murmuraient dans les couloirs,
des filles qui se mettaient à hurler de rire quand des garçons passaient devant elles, des filles surexcitées qui comparaient des listes de vêtements pour décider ce qu'elles allaient mettre
le soir de Noël…" (T4, p348). Du côté des garçons, seul Ron, ses hormones en pagaille et sa sensibilité digne d'une cuillère à thé sert de support à l'humour.
Fleur Delacour quant à elle représente le fantasme adolescent par excellence. Elle est avant tout V élane, mais aussi blonde, jolie et surtout elle est plus âgée. Sa froideur apparente et son air hautain la rendent pourtant inaccessible. Elle reste l'ennemie des autres jeunes filles à cause de l'intérêt incontestable qu'elle suscite chez tous les garçons. Ce personnage est là encore stéréotypé mais rappelle au lecteur sans doute une de ses vieilles connaissances…hop !
Les femmes adultes
Les célibataires (ou perçues comme telles) rigides :
Minerva McGonagall : professeur de Métamorphose, directrice de Gryffondor et très proche de Dumbledore, on peut parfois avoir du mal à considérer Mc Gonagall comme une femme à part entière. Pourquoi ? Parce qu'elle est représentée comme une célibataire (donc sans sentiment ?) bourreau de travail, rigide et sévère. Tout cela reste cependant une façade et elle a su montrer plusieurs fois qu’elle a un cœur. Bien sûr elle en impose et a beaucoup de caractère et c’est incontestablement une femme de pouvoir. Un peu sévère c’est vrai, mais son coté très droit contrebalance les femmes niaises de la saga. Il faut de tout pour faire un monde, et les femmes sévères (mais justes) en font partie. Harry a quelques fois peur de lui avouer ce qu’il pense, mais lorsqu’elle est absente à la fin du tome 5, cette absence se fait cruellement ressentir. "Il avait toujours cru que le professeur McGonagall resterait là, irascible et inflexible sans doute, mais toujours présente, solide et digne de confiance" (T5, p819).
C’est aussi une sorcière puissante. Du côté des hommes, il y a Dumbledore, les femmes ont McGonagall et ce, même si elle ne sera jamais aussi puissante que Dumbledore. Comme quoi et sans jeu de mot, il n'y a pas que les hommes qui savent manier la baguette magique ! "Aucun d’entre eux ne se serait risqué à lancer sur Minerva McGonagall un éclair de stupéfixion en plein jour ! De la lâcheté, voilà ce que c’était…" (Madame Pomfresh, T5, p819). Mais elle reste l'éternelle seconde de Dumbledore, fidèle, typiquement dans le rôle symbolique de "la femme du président".
Dolorès Ombrage : incontestablement Ombrage est une femme de pouvoir. Avec son comportement dictatorial, elle attise la colère et la révolte de ses élèves et bien évidemment du lecteur qui la voit persécuter Harry tout au long du tome 5. Elle brise toutes les idées que l'on peut se faire d'une femme (douceur, affection, compréhension). Elle ne fait preuve d'aucune justice, droiture ou déontologie. Au contraire Ombrage se caractérise par sa méchanceté et son étroitesse d'esprit. Elle est donc une antithèse de l'image véhiculée habituellement par les femmes, le côté noir de la femme de pouvoir. Elle a été professeur de Défense Contre les Forces du Mal durant le tome 5.
Sybille Trewlaney : au départ considéré comme ridicule et d'importance secondaire (le pendant adulte de Luna ?), le professeur de Divination tient une place forte au sein de l'intrigue de Harry Potter. C'est une femme un peu perturbée, certes, mais c'est elle qui a prononcé la prophétie liant Harry à Voldemort. Son personnage s'inscrit dans la lignée des grandes devineresses de l'antiquité ou autres Oracles. C'est cette différence qui fait que les autres la perçoivent comme idiote. Mais c'est aussi cette différence qui donne l'importance à son personnage.
Bellatrix Lestrange : Bellatrix est une femme Mangemort, totalement dévouée à la cause de Lord Voldemort, son "second époux". Sa démence n'a d'égal que sa cruauté et même si on ignore son état mental avant son emprisonnement à Azkaban, elle reste une femme très dangereuse. Elle pourrait représenter la folie féminine ou la passion démesurée : l'hystérie, ce cliché du XIXème siècle ? Cela illustre que le meurtre et la violence n'ont pas de sexe.
Olympe Maxime : il s'agit d'une femme très importante, directrice de l'école magique française. C'est aussi une demi-géante. Dans le monde sorcier plus que dans le monde Moldu, les femmes ont un accès visible à des postes à responsabilité. Là encore elle donne une représentation de femme à caractère trempé.
Les mères :
Molly Weasley : c’est la femme qui représente toutes les mères mais Molly possède quand même un gros côté caricatural. Elle représente typiquement est LA mère au foyer dévouée à ses enfants et son mari, et qui leur consacre sa vie. Ce côté mère poule a tendance à agacer Harry. Malgré tout, c'est un peu sa deuxième mère et elle lui donne l'amour maternel dont il a besoin pour se construire. Amour qui l’a déjà sauvé une fois dans sa vie. "Harry ne regarda pas Mrs Weasley. L’entendre dire qu’elle le considérait comme son propre fils l’avait touché, mais sa façon de le couver l’agaçait également" (T5, p107).
Narcissa Malefoy : très peu présente dans les livres et détestant les autres, Narcissa Malefoy, femme au foyer aristo dont la vie est tournée vers son fils unique Drago, se révèle enfin dans le tome 6 quand son mari ne peut plus agir, enfermé à Azkaban. Elle va montrer tout l'amour elle porte à son fils en obligeant Rogue à prêter un serment aux conséquences terribles. Elle donne l'image d'une mère désespérée, à l'ombre de son mari, surpassée par les événements, prête à tout pour son enfant.
Les mères sacrificielle,, Lili Potter, Méropée Gaunt et Mme Croupton : ces femmes là sont les plus "cliché" de toutes, et sont perçues par leur fils respectifs (et non filles, Oedipe quand tu nous tiens) comme des mères pures, qui les aimaient d'un amour total au point de mourir pour les sauver de la mort ou leur donner la vie. A leurs yeux, elles sont idéalisées et poussent Harry, Voldemort et Crouton Jr à commettre des actes graves, voire à tuer, que ce soit pour sauver (Harry) ou pour punir (Voldemort et Croupton Jr) (plus dans l'article sur les famille de Harry).
Et... Nymphadora Tonks : son principal défaut est d'être très maladroite, et il y a sûrement des femmes très maladroites sur terre aussi ! Mais JKR fait plus facilement porter les défauts qu'on attribuait autrefois aux femmes... à ses personnages
féminins plutôt qu'à ses personnages masculins. Quoi qu'il en soit, il est vrai que c’est justement un problème pour certaines personnes qui voudraient souvent être plus discrètes et que Tonks représente très bien. Cela ne l'empêche évidemment
pas d'être Auror et de se battre avec courage aux côtés de l'Ordre du Phénix.
- "CRACBOUM
- - Tonks ! s’écria Mrs Weasley, exaspérée, en tournant la tête.
- - Je suis désolée, se lamenta Tonks, à plat ventre par terre. C’est ce stupide porte parapluie, ça fait deux fois que je me prends les pieds…" (T5, p93).
Elle nous permet de rire un peu (on en a de moins en moins l’occasion dans Harry Potter, malheureusement) et nous apparaît somme toute très sympathique. Son histoire d'amour avec Lupin dans le tome 6 ajoute à ce sentiment de sympathie que ressent le lecteur pour elle. Malgré tout, elle semble incarner la femme actuelle : professionnellement et personnellement engagée.hop !
Sexiste ou pas ?
Peut-on imaginer Harry Potter sans ces femmes ? Cela ne serait-il pas horriblement fade ? Cela n'enlèverait-il pas ces accents comiques et attendrissants qui teintent les pages écrites par JKR ? Mais pourquoi faire porter presque tout l'humour sur leurs épaules ? Et insister sur des clichés dépassés ? Cette habitude d'attribuer à chaque personnage un caractère bien défini se retrouve dans le théâtre antique où les acteurs portaient des masques. Chaque masque correspondait à un personnage. Et tous les personnages étaient stéréotypés (à cause du masque justement). Comme ça, dès qu’ils entraient sur scène, on savait précisément à qui on avait affaire, et on savait quel était son trait de caractère.
Malgré leurs caractères stéréotypés ou femmes d'un autre siècle, on aime Hermione, Ginny, Luna, Tonks, McGonagall, Molly et les autres. Dans un livre il faut parfois des personnages avec des caractères très marqués voire un peu trop. Rowling a peut-être donné un des caractères de la gente féminine à chaque femme présente dans son œuvre : tout le monde a une Tonks, une Hermione, une McGonagall en soi. Sans ça, on n’aurait plus eu LE caractère d’Hermione, LE caractère de McGonagall, l’affectivité de Molly… Mais un caractère plus subtil et plus nuancé, comme l'histoire, et comme plusieurs personnages masculins.
Il est certain que ce n'est pas le but de JKR que de retranscrire exactement le caractère des femmes, et elle semble mieux se projeter dans les hommes : elle se dit elle même composée de Harry, Dumbledore et... Hermione. Elle ne se reconnaît pas dans les femmes qu'elle décrit.
Mais on ne peut pas s'empêcher de voir cette représentation "à l'ancienne" des femmes dans Harry Potter (les "girlies", les mères sacrificielles, les célibataires rigides) tout en remarquant que la plupart des personnages masculins ont un caractère plus complexe et profond. Et finalement les femmes les moins caricaturales et les plus actuelles sont Tonks (qui travaille et a une vie de couple) et Ginny (qui se bat et a une vie privée), l'élue de l'élu. Elles sont libres d'être ce qu'elles sont : leur sexe ne joue ni sur leur manière de se comporter, ni sur l'appréciation que les autres ont d'elles.hop !



