Symboliques : les chaussettes dans Harry Potter
Article de Aurore, aidé de Sev, màj février 2004.
Les chaussettes dans le cycle HP apparaissent par le biais de trois personnages : Harry, Dumbledore et Dobby. Selon l'interprétation,
les chaussettes peuvent être considérées comme le symbolisme de la liberté ou alors comme le symbolisme de la famille.
Symbole de liberté
D'après le Dictionnaire des Symboles (*), la chaussure est le "symbole de l'affirmation sociale et le symbole de l'autorité. […] La chaussure est le signe qu'un homme s'appartient à lui-même, qu'il se suffit et qu'il est responsable de ses actes." Donc libre d'être ce qu'il est. Cela se rapporte aussi aux esclaves de l'antiquité qui étaient toujours pieds nus pour marquer leur absence de liberté.
Les chaussettes de Harry… : dans le tome 1, nous sommes déjà confrontés aux chaussettes de Harry. "Harry se glissa lentement hors du lit, et chercha ses chaussettes" (T1poche, p.28). Harry chercherait-il déjà sa liberté ? Liberté inexistante puisqu'il vit dans le placard sous l'escalier soumis au bon vouloir de sa tante et son oncle. "Il en trouva une paire sous le lit, et après avoir chassé l'araignée qui s'était installée dans l'une d'elles, il les enfila". Ses chaussettes sont même occupées… Harry n'a aucune quelconque liberté.
Harry sort du placard, chaussé, il affronte la vie. Une existence douloureuse et malheureuse. Quelle sorte d'ironique liberté est-ce ? C'est à la suite du passage que le lecteur apprend que justement Harry vit dans un placard. On est donc mis face à la "recherche des chaussettes de Harry", c'est-à-dire métaphoriquement à la relation entre Harry et sa liberté, pour finalement prendre conscience que Harry n'est pas libre. Il est même séquestré, enfermé, quasiment un esclave (cf : nombreuses tâches ménagères à effectuer, sous-alimentation...).
De plus, dans le tome 4, on voit que Harry a des chaussettes qui ne lui appartiennent pas. " … en retira une paire de chaussettes qui avaient une drôle de forme. C'étaient les plus vieilles et les plus laides qu'il possédait, elles étaient de couleur moutarde et avaient appartenu à l'oncle Vernon. " (T4poche, p.366). Ces chaussettes n'ont pas d'âge : Harry n'est pas libre depuis longtemps. Harry ne possède pas ses propres chaussettes, il ne s'appartient donc symboliquement pas. Il est asservi ou du moins, pour faire moins dans l'interprétatif outrancier, il reste toujours tributaire des Dursley, comme si Poudlard n'était qu'un répit, une liberté surveillée…
Les chaussettes de Dumbledore : l'étrange rapport entre Dumbledore et les chaussettes paraît dans le tome 1, épisode du miroir du Risèd). Tout semble pourtant éloigner de ce grand homme ce vêtement un peu ridicule…
- "- Et vous, qu'est-ce que vous voyez quand vous regardez dans le miroir ?
- - Moi ? Je me vois avec une bonne paire de chaussettes de laine à la main.
- Harry ouvrit des yeux ébahis.
- - On manque toujours de chaussettes. Noël vient de passer et je n'en ai même pas eu une seule paire. Les gens s'obstinent à m'offrir des livres." (T1poche, p.211, Harry et Dumbledore)
Dumbledore réclame des chaussettes, ne réclamerait-il pas un peu de liberté ? Ou plutôt de tranquilité ? En effet, Albus Dumbledore est reconnu comme le plus grand sorcier de la communauté magique et ses responsabilités, influences et pouvoirs sont énormes. Il a donc un lourd fardeau à assumer. Et bien qu'à cette époque, Lord Voldemort ne soit que l'ombre de lui-même, il est soucieux de Harry … L'enfant qu'il aime et veut toujours plus protéger.
Qui oserait offrir à Dumbledore quelque chose d'aussi grotesque qu'une paire de chaussettes en laine… Qui oserait rendre à Dumbledore un peu de liberté, d'être seulement un homme mortel et surtout d'être un homme faillible ? Qui prendrait inconsciemment ce risque là ? Dumbledore est souvent déifié et peut-être que le directeur de la si célèbre école de sorcellerie d'Angleterre a besoin de paix et d'être un peu "juste-Albus". Bien sûr reste à savoir, comme se le demande Harry, si cet 'aveu' de Dumbledore en est véritablement un. Mais il faut garder un œil dessus, tellement parfois les petites phrases de Dumbledore éclairent la suite ou juste proposent une triste vérité. Ici : de la difficulté d'être un Grand Homme, de la difficulté d'être Celui-Sur-Qui-On-Compte.
Les chaussettes de Dobby : pour libérer un elfe de maison, il lui faut recevoir un vêtement de la main de son maître. Par une ruse de Harry, Dobby est libéré de sa servitude chez les Malefoy. Cependant, il ne reçoit pas n'importe quel vêtement, il reçoit une chaussette. Là encore, la chaussette est telle un signe de liberté. D'ailleurs, Dobby en devient un collectionneur acharné. De plus Hermione tricote dans le tome 5 des chaussettes pour la S.A.L.E. dans l'espoir que quelque elfe soit libéré. Bien vu !hop !
Symbole de la famille
La famille a une place essentielle dans le cycle Harry Potter puisque dès le départ Harry est orphelin et vit une existence malheureuse avec sa famille biologique, les Dursley et une existence heureuse avec sa famile de coeur, autrement dit celle qui s'est choisi : les Weasley. JK Rowling se sert des chaussettes pour montrer son attachement à révéler l'immense valeur d'une famille.
Les chaussettes de Harry… : à partir des mêmes citations que précédemment, il peut apparaître aussi que les chaussettes sont le symbolisme de la famille à travers le personnage de Harry Potter. "Harry se glissa lentement hors du lit, et chercha ses chaussettes" (T1poche, p.28). Harry recherche toujours où est sa famille, une famille qui l'aimerait pour ce qu'il est. Il a espéré longtemps avant l'arrivé de Hagrid que quelqu'un d'autre le réclame et le fasse s'enfuir de chez les Dursley. "Lorsqu'il était plus jeune, Harry avait souvent rêvé qu'un parent lointain et inconnu vienne le chercher et l'emmène avec lui, mais cela n'était jamais arrivé. Les Dursley étaient sa seule famille." (T1poche, p.40) "Il en trouva une paire sous le lit, et après avoir chassé l'araignée qui s'était installée dans l'une d'elles, il les enfila". La famille qu'il a pour le moment n'en est en fait pas une.
Le choix de l'animal occupant les chaussettes n'est pas anodin. Harry est assez familier avec ces animaux : "Harry était habitué aux araignées" (T1poche, p.28). L'araignée est souvent perçue comme une créature négative qui "joue les pires tours aux humains" (**). Harry n'en a pas peur. Il n'est pas craintif. En psychanalyse, l'araignée symbolise "la maternité dévorante, la mère castratrice ou franchement cannibale". Or Harry n'a pas de mère, il n'a pas peur des araignées contrairement à son meilleur ami, Ron... De plus, les araignées font parties intégrante de la faune magique (par exemple : Aragog, l'araignée géante de Hagrid). Peut-être alors que JK Rowling a voulu déjà consciemment ou pas, dire à Harry que sa famille se trouve ailleurs que dans cette vieille chaussette ayant appartenu à son oncle. Sa famille est le monde sorcier…
"… en retira une paire de chaussettes qui avaient une drôle de forme. C'étaient les plus vieilles et les plus laides qu'il possédait, elles étaient de couleur moutarde et avaient appartenu à l'oncle Vernon" (T4poche, p.366). Les chaussettes ont été 'transmises' par Vernon. Harry en a hérité, mais c'est un héritage tordu, laid, difforme. La famille de Harry n'est pas par conséquent une famille aimante et protectrice. Cette famille est inhabituelle, elle n'est pas un modèle. Au contraire, elle est aux antipodes de la famille par excellence, c'est-à-dire les Weasley.
"Mrs Weasley s'inquiétait de l'état de ses chaussettes (à Harry)" (T2poche, p.48) "Ma mère […] a lavé toutes tes chaussettes" (T4poche, p.143, Ron). Mrs Weasley joue la mère "d'adoption" de Harry. Une mère étouffante mais débordante d'amour et d'affection. Elle s'occupe de ses chaussettes, elle veut qu'il soit de sa famille. Et de plus, nombreuses sont les fois où l'un des Weasley parle de Harry comme l'un des membres de leur famille.
Les chaussettes de Dumbledore : cette symbolique aussi pour le personnage de Dumbledore se lit avec celle de 'liberté'. Pour se qu'on en sait, le directeur de Poudlard n'a pour famille qu'un frère, Alberforth.
- "- Et vous, qu'est-ce que vous voyez quand vous regardez dans le miroir ?
- - Moi ? Je me vois avec une bonne paire de chaussettes de laine à la main.
- Harry ouvrit des yeux ébahis.
- - On manque toujours de chaussettes. Noël vient de passer et je n'en ai même pas eu une seule paire. Les gens s'obstinent à m'offrir des livres." (T1poche, p.211, Harry et Dumbledore)
Dumbledore a cette réponse qui, tout en révélant implicitement son désir d'avoir un foyer et une véritable famille, témoigne de sa réputation d'homme lettré. Il rêve certainement d'une vie de famille on ne peut plus classique plutôt que de passer son temps à sauver le monde et guider les autres. Il a en effet l'âge d'avoir été père et plusieurs fois grand-père (et même plus !!). Qui est donc la famille Dumbledore ? Une famille où l'un, Alberforth est illettré, et où l'autre, Albus est érudit et puissant.
Les chaussettes de Dobby : en libérant Dobby, Harry accepte de l'accueillir dans sa famille. La famille qu'il s'est choisie avec ses amis et les gens qui le protègent. L'elfe fait toujours preuve d'une grande fidélité envers Harry. Il prend Harry pour nouveau maître, pour nouvelle famille à servir et lui voue une admiration sans bornes. Un maître qui n'en est pas un puisqu'il lui offre la liberté, la relation entre Harry et Dobby est une relation basée sur de vraies valeurs.
Ainsi, les chaussettes sont un thème récurrent dans le cycle HP. L'auteure y a inséré dans une intime association le concept de liberté et de famille. Peut-être la liberté d'ailleurs de choisir sa famille lorsqu'on est orphelin de cet amour. Harry cependant doit considérer Pétunia comme sa famille afin que le sang Evans le protège toujours.
Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Et l'une des recherches de Harry et de retrouver ces racines, c'est-à-dire mieux connaître ses parents. Harry libère Dobby, mais quand le Survivant se délivrera-t-il lui-même de toutes les autres barrières qu'il a autour de lui ? Quand atteindra-t-il l'ultime liberté ? Quand aura-t-il une famille digne de ce nom à temps complet ? Une fois sa tâche accomplie…
(*) Dictionnaire des Symboles, Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Robert Laffont. (**) Encyclopédie des Symboles, Le Livre de Poche hop !



